Certaines séances ont une saveur particulière avant même d’avoir réalisé la première image. Celle avec Jennifer et Mike, un couple de photographes prisés aux États-Unis, en faisait clairement partie.
J’étais à la fois fier, très excité par cette rencontre, mais aussi un peu inquiet. Photographier des photographes crée forcément une pression différente : ils connaissent l’image, la lumière, la composition et savent parfaitement ce qui se passe derrière un appareil. D’autant plus que leur univers photographique est aux antipodes du mien. Une différence qui pouvait être déstabilisante, mais qui est finalement devenue l’une des choses les plus intéressantes de cette séance.
Rester fidèle à mon regard
Avec Jennifer et Mike, nous partageons la même passion pour la photographie, mais certainement pas la même manière de la regarder. Plutôt que d’essayer de me rapprocher de leur univers ou de chercher à réaliser des images qui pourraient correspondre à leurs propres codes, j’ai choisi de faire exactement l’inverse : rester fidèle au mien.
Ma lumière, ma façon de composer avec un lieu, de chercher les perspectives, de diriger sans trop diriger et surtout ma manière de regarder un couple. C’était finalement la meilleure façon d’aborder cette séance : ne pas chercher à impressionner deux photographes, mais simplement leur proposer ce pourquoi ils étaient venus me voir, mon regard et ma sensibilité.
Cette séance avait aussi quelque chose de particulier pour eux. Depuis leur mariage, Jennifer et Mike n’avaient jamais vraiment pris le temps de réaliser une séance photo de couple. Pour deux personnes habituées à créer quotidiennement les souvenirs des autres, c’était cette fois à leur tour de passer devant l’objectif, de se laisser guider et simplement de profiter de ce moment à deux.
Le 1932 et son héritage Art Déco
Leur séjour nous a conduits au 1932 Hotel & Spa Cap d’Antibes, à Juan-les-Pins. Un lieu particulièrement intéressant pour cette séance, car son identité et son architecture permettent immédiatement d’imaginer des photographies différentes.
Son nom fait directement référence à son histoire et à cette période Art déco qui a profondément marqué Juan-les-Pins. Il suffit d’ailleurs de regarder autour de l’hôtel pour retrouver cet héritage. À quelques pas se trouvent le mythique Provençal ainsi que l’Hôtel Belles Rives, deux lieux emblématiques de cette époque où la Côte d’Azur attirait artistes, écrivains et voyageurs venus du monde entier.
Pour un photographe, cette identité offre énormément de possibilités. Les lignes, les perspectives, le mobilier, les matières et l’architecture permettent de construire les images en utilisant véritablement l’hôtel. Je ne voulais pas que le 1932 soit simplement le décor de la séance de Jennifer et Mike : je voulais que son atmosphère fasse partie intégrante des photographies.
La confiance ouvre aussi des portes
Cette séance m’a également rappelé combien le relationnel fait partie intégrante de mon métier, particulièrement lorsque je travaille dans les hôtels de la Côte d’Azur. Faire de belles images dans ces établissements demande évidemment de connaître les lieux, mais également de connaître et de respecter les personnes qui les font vivre au quotidien.
Au fil des années, j’ai toujours accordé beaucoup d’importance aux relations que j’entretiens avec les directeurs et leurs équipes. Cette confiance se construit avec le temps : il faut comprendre les contraintes d’un établissement, respecter ses clients, ses espaces et son fonctionnement, tout en sachant rester discret lorsque l’hôtel poursuit sa vie autour de nous.
C’est une partie de mon travail que l’on ne voit pas forcément sur les photographies, mais qui peut faire toute la différence. Connaître un lieu est important ; avoir la confiance de ceux qui le font vivre l’est tout autant.
Et cette différence entre nos univers, qui m’inquiétait un peu au départ, est finalement devenue tout l’intérêt de cette rencontre.



























